Radeaux
Propos du metteur en scène

Le tragique, l’homme se l’invente et se l’impose ; l’artiste le transpose. Géricault n’a pas inventé "le radeau de la méduse" pas plus qu’un contemporain les "boat people". Deux siècles séparent ces bateaux de fortune et d’infortune mais les parallèles se rejoignent ici, au centre de la mer. Dans « Un rêve de pierre », Michel Schneider nous dit de Géricault « qu’il fut le peintre de ce qui fuit, meurt, disparaît. » Epitaphe d’une actualité criante. Criante, en effet, la désespérance d’un monde qui pousse l’homme à l’inéluctable. Criantes la détermination et sa dérision.

 

Quels mots pour dire ces cris ?


Quelle musique ?


Il sera une fois, une histoire de femmes et d’hommes ; une histoire en forme de chœur. Il sera une fois, un chant déguisé en destin.


Ces "médusés" seront cet ange de Baudelaire,
« imprudent voyageur
qu’a tenté l’amour du difforme,
au fond d’un cauchemar énorme
se débattant comme un nageur,
et luttant contre un gigantesque remous
qui va chantant comme les fous
un malheureux ensorcelé

cherchant la lumière et la clé »

 

Il est à peine estompé le « Radeau » de Géricault, que le ressac livre son chant à des rafiots clandestins.

 

Jean-Marie Lejude